Pratique

Pourquoi et comment lancer sa chaîne sa Youtube ?

Publié le 25 janvier 2018 par Hadrien Margail et David Délis
10 min.
Comment YouTube peut aider les entrepreneurs à développer leur activité ? L’atelier débat organisé par Les Petits Entrepreneurs a été bien fertile. Quelques éléments de réponses par 5 YouTubeurs, cumulant à eux seuls plus de 300 000 abonnés. Récits de parcours et conseils avertis avant de se lancer.

Romain TeaTime (172 000 abonnés), Clemity Jane (70 000 abonnés), Speak English with Christina (130 000 abonnés), ID Tourism (200 abonnés) et Magali Jacolin (Consultante en stratégie de communication numérique) : voilà une équipe de tous horizons réunie à Cowork In Grenoble pour accueillir une bonne vingtaine d’entrepreneurs avides d’en savoir plus sur les possibilités offertes par la plateforme de streaming vidéo la plus utilisée au monde, à savoir YouTube avec 1,5 milliard d’utilisateurs par mois !

Les Petits Entrepreneurs Atelier Grenoble

Entre conseils indispensables et prises de positions franches, retours sur l’essentiel de cette rencontre.

Youtubeurs : pour booster son activité

Avant de se lancer sur YouTube lorsque l’on est entrepreneur, il est important de considérer l’outil comme un moyen de communication qui permet notamment de faire le lien entre son site internet et d’éventuels prospects. Pour Guillaume Cromer de ID Tourism comme pour Christina de Speak English with Christina, il est une évidence aujourd’hui : l’avenir de leur entreprise est digital.

Speak English with Christina

Speak English with Christina C’est après des débuts peu concluants sur un LinkedIn jugé « pas assez fun » pour son offre de cours particuliers d’anglais pour les professionnels, que Christina Rebuffet mise sur YouTube pour communiquer sur son activité et espérer toucher une plus large audience. Pari réussi pour la prof d’anglais qui développe très vite une clientèle partout en France et concentre l’essentiel de son offre sur son site internet. Conséquence et avantage non négligeables : plus besoin de prospecter, ses nouveaux clients viennent directement à elle.




Ses conseils :

  • Une structure qui ne change pas d’une vidéo à l’autre : le modèle des ses vidéos est toujours le même pour gagner du temps et simplifier son travail

  • La mise en place de call to action (ou appel à l’action) en rapport avec le produit qu’elle vend

  • L’utilisation de fiches Youtube plus que d’annotations : elles ont l’avantage d’apparaître également sur mobile. Ces fiches peuvent rediriger les spectateurs vers une URL spécifique et inclure, selon le type de fiche, des images, des titres et des incitations à l’action personnalisées.

Guillaume Cromer : ID Tourism

Guillaume Cromer Rien ne le prédisposait Guillaume Cromer à se lancer sur YouTube. A la tête d’un cabinet d’ingénierie spécialisé dans le marketing du tourisme déjà bien en place sur son marché, il était encore récemment éloigné de l’idée même du digital. C’est sa rencontre il y a 3 ans avec Neocamino, une société de conseil en communication web, qui le motive à se digitaliser. Après un passage sur la blogosphère, il décide de se lancer sur YouTube en s’inspirant de Marche ou Crève, chaîne YouTube portée par Manuel Diaz sur l’actualité du monde digital et de ses opportunités. Grand bien lui a pris ! Même s’il compte aujourd’hui encore peu d’abonnés, cela lui permet de gagner en visibilité sur internet et d’attirer de nouveaux prospects.

Ses conseils :

  • Ne pas négliger les autres réseaux sociaux : ils sont un levier de développement pour la chaine YouTube. Facebook et LinkedIn peuvent servir de relai et permettre d’accroitre son nombre d’abonnés

  • Prendre le soin de bien s’entourer pour réaliser ses vidéos : il ne faut par exemple pas hésiter à faire appel à une personne compétente pour le montage si la tâche s’avère compliquée

  • Toujours chercher à innover : pour preuve, son prochain défi : inviter des entrepreneurs du voyage ou des voyageurs dans l’âme dans ses vidéos.

YouTubeurs : une activité principale ?

Les débuts de YouTube sont déjà bien loin et se faire une place entre les mastodontes de la plateforme n’est pas chose aisée. Romain Tea Time et Clemity Jane s’y sont pourtant essayé et n’ont aujourd’hui pas à rougir de leur nombre d’abonnés. Ils font partie de ceux qui ont une existence concrète sur YouTube et ont accepté de nous partager leur expérience.

Romain TeaTime

Romain Tee Time C’est en 2013 que Romain TeaTime se lance. Grâce au coup de pouce d’un ami YouTubeur (un élément essentiel selon lui), il a d’abord commencé par une chaîne gaming où il rassemblait entre 30.000 et 40.000 abonnés. Mais il s’est rapidement rendu compte que son truc à lui c’était de parler de choses plus sérieuses tout en conservant un ton humoristique. Autodidacte, il s’est aujourd’hui construit une communauté de plus de 170 000 abonnés autour de récits historiques. Un public majoritairement constitué de jeunes (18 - 25 ans) francophones (France/Belgique/Maroc). Il bénéficie aujourd’hui de partenariats publics avec notamment la ville de Grenoble pour les Journées du patrimoine.

Ses conseils :

  • Penser réseau : il est aujourd’hui difficile de percer seul sur YouTube. Une simple apparition dans la vidéo d’un YouTuber célèbre ou une mise en avant sur les réseaux sociaux peuvent suffir à faire décoller un YouTubeur (cf. Rilès par le coup de pouce de Seb la Frite).

  • Ne pas hésiter à s’associer à une régie publicitaire : autrement appelée network dans le milieu, elle peut être un véritable levier pour sa chaîne.

  • Assurer des montages dynamiques : il faut bannir les blancs, se tenir debout, jouer avec le zoom et opter pour une musique adaptée.

  • S’inviter dans les vidéos d’autres YouTubeurs et en inviter sur sa chaîne : il s’agit d’un bon moyen pour attirer de nouveaux abonnés. Attention cependant à être suffisamment sélectif, les youtubers doivent avoir pour point commun de s’adresser à un même public.

  • Réaliser plusieurs vidéos par semaine : cela représente du travail mais cette démarche est appréciée et valorisée par YouTube.

Clemity Jane

Clemity Jane Pour Clemity Jane, l’aventure Youtube a commencé en 2015. Le thème de sa chaîne est le fruit d’une longue réflexion. Sa première question a été : « Qu’est-ce que je peux apporter sur YouTube ? ». Etudiante en master de philosophie, elle réfléchit d’abord à une chaîne YouTube de vulgarisation : elle tient à mettre à la portée de tous un savoir ou des connaissances sur un sujet précis, mais tous semblent déjà être traités de multiples façons sur la plateforme.

C’est en constatant que beaucoup de ses amis viennent à elle pour parler de sexualité qu’elle se rend compte qu’elle réussi à en parler aisément et surtout qu’elle rassure les gens et sait les écouter. Sont sujet est trouvé, naît alors une chaîne YouTube sur les … sextoys ! Présentations produits, comparatifs, revues, elle s’adresse aujourd’hui à 70 000 abonnés, pour la plupart des femmes, et son succès est tel qu’il lui permet d’être directement approchée par les marques pour qu’elle fasse la promotion de leurs produits.

Ses conseils :

  • Ne pas s’avouer vaincu si l’on ne bénéficie pas de “pistons” : YouTube peut aussi décider de pousser la chaine Youtube d’un utilisateur si son contenu est jugé pertinent.

  • Les commentaires sont quelque chose de très important. Il faut savoir prendre le temps d’y répondre. Attention cependant : les commentaires peuvent parfois être très durs et violents, il faut savoir donc s’en détacher.

  • Trouver des partenaires. Si l’on fait la promotion de produits, il est intéressant de rapidement trouver des partenaires/marques qui vont pouvoir vous envoyer produits et informations à relayer.

Commencer par YouTube peut également amener sur la voie de l’entrepreneuriat. Clemity Jane par exemple réalise en parallèle de ses études un cursus étudiant-entrepreneur avec Pépite’Ozer. Elle développe une entreprise avec pour but la désacralisation de la sexualité dans la société, notamment en intervenant dans les écoles. Si certains entrepreneurs peuvent devenir YouTubeurs, les YouTubeurs auraient déjà eux tout d’entrepreneurs.

YouTube : des potentiels de communication à saisir

Magali Jacolin Magali Jacolin, consultante en stratégie de communication numérique, envisage YouTube comme est un ensemble de potentiels à disposition de l’entrepreneur. Il est un outil à part entière pour communiquer sur son activité, lui apporter du crédit, appuyer ses valeurs et valoriser son écosystème.







YouTube offre aux entrepreneurs de :

  • se présenter

  • démontrer leur expertise

  • ouvrir les coulisses de son entreprise aux clients et prospects

  • présenter ses produits et services, donner un aperçu de leur offre

  • présenter des témoignages clients pour mettre en avant son offre (illustration avec cette vidéo sur la chaîne YouTube de Delphine Boileau-Terrien)

  • valoriser son équipe, mais aussi ses partenaires

  • informer (illustration avec Le Finistère Tourisme qui le fait à travers des vidéos thématiques)

  • fournir du conseil supplémentaire (illustration avec La Redoute et ses conseils modes par exemple)

  • créer du lien avec ses prospects et ses clients

Son meilleur conseil ? « Normaliser » sa communication YouTube. C’est à dire, définir ses objectifs et sa cible, puis établir un carcan méthodologique, un « modèle » à reconduire concernant le message, les visuels, les liens, le ton à employer, la fréquence des publications, etc. En savoir plus : lire l’article compte-rendu de Magali.

La chaîne YouTube gagnante

Gagner de l’argent ou gagner autre chose ?

Tenir une chaîne YouTube demande objectivement une immense implication et beaucoup de temps. Difficile de sortir plusieurs vidéos par semaine et de répondre à tous les commentaires lorsque l’on est un entrepreneur déjà dévoué à son activité principale.

D’emblée, soyons clairs, les revenus générés directement via Youtube ne suffisent pas, dans 99% des cas, à en faire une ressource financière, et encore moins une ressource rentable lorsque l’on considère les moyens utilisés pour produire du contenu vidéo, qu’il s’agisse de temps, d’hommes, ou d’argent. Comme l’a rappelé Romain TeaTime, une minorité de YouTubeurs arrivent à vivre uniquement de cette activité. Il y a de nombreuses croyances autour des revenus de ce nouveau métier qui, bien souvent, sont loin de la réalité.

Il s’agit donc d’interroger l’utilité du média dans le contexte de sa propre activité, et savoir précisément ce que l’on souhaite gagner en terme de retombées autre que financières : image, notoriété, renommée, utilisateurs, clients, satisfaction client, etc.

Quelle valeur ajoutée en terme de contenu ?

La question doit se poser pour son activité d’une part, mais aussi pour YouTube d’autre part. Car même si vous êtes Poseur de pièges à ragondins, la probabilité que le sujet soit déjà traité est élevé. Il peut y avoir une certaine frustration à ne pas trouver de case non cochée, mais trouver des thèmes « moins » vidéoyoutubés, ou imaginer un traitement novateur d’un sujet déjà abordé reste absolument faisable. À vous de corréler ça intelligemment à votre activité et rendre vos vidéos totalement pertinentes. Car la cohérence, et donc l’incohérence restent très perceptibles : les spectateurs du web, d’une nature aussi enthousiastes qu’intolérante, n’hésiteront pas à ignorer (dans le meilleur des cas) ou railler (dans le deuxième meilleur des cas) votre contenu s’il transpire trop la stratégie marketing. Rappelons un questionnement aussi primordiale qu’évident : « Est-ce que moi-même, je regarderais la vidéo que je vient de réaliser ? Est-ce que je trouva ça bien ? ». Car, si l’on peut obtenir un certain contentement à avoir terminer quelque chose, et avoir produit un certain travail, cela ne signifie en aucun cas que l’on vient de créer une « bonne » vidéo (à part pour vos amis ou votre famille, parce qu’ils vous aiment bien), or, il s’agit bien de ça, sans quoi votre effort sera vain. Trouvez la bonne dose d’auto-critique !

Quel effort pour quel impact sur son activité ?

Le bon ratio investissement/bénéfice est à trouver, mais une fois un bon concept trouvé, l’objectif défini, et ce ratio bien évalué, avoir recours à YouTube ne semble presque jamais être une mauvaise idée. La question du rythme de publication restera essentielle : une certaine constance et une fréquence maîtrisée auront des conséquences immédiates sur le référencement, toujours en vue d’entrevoir des résultats. C’est à cet endroit que l’effort est peut être le plus dur à fournir, et la promesse la plus complexe à tenir.

Ainsi, avant de vous lancer, posez-vous les bonnes questions et envisagez le projet sur un minimum de durée avec toute la motivation et l’organisation nécessaire. Nul besoin d’être Christopher Nolan pour pondre votre première réal : une vidéo est avant tout jugée sur son fond. Pour la forme, si vos vidéos marchent, vous améliorerez sans aucun doute leurs qualités esthétiques avec le temps. On évoquera en conclusion l’astuce ultime donnée en « secret » par un certain Cyprien pour cartonner sur YouTube : faites de bonnes vidéos, souvent.